Prendre soin des autres

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Si tu souffres de psore ou de sycose grasse, maladie des fics, due au poids de tes gonoccoques qui pèsent sur ta glande pinéale .Si tu souffres de tes écrouelles, de tes cloches, d’amaurose, d’anasarque, de gourmes, de gravelle, de phlegmasie, de flux, de morve, de farcin, de scorfules, de vésanies .Si tu ne maitrises plus tes morosités, tes vices, ton anaphrodisie, ton satyriasis, tes bizareries, tes spasmes, tes essoufflements, tes cachexies, tu peux être atteint de mal du pays, de pica, de mérycisme, d’antipathie, de fureur utérine, de tarentisme, de vapeurs, de tourniole, de trichines, de phrénétis, de catarrhe aigue de la vessie .

Je te conseille l’usage des purgations et du lavement au clystère et au séné, des saignées régulières, utilises aussi les vésicatoires, les cautères et les fonticules, les vulnéraires, des plantes comme l’ellebore, le séné, le mandragore, la scammonée, le safran, le lupin, la jusquiame . Et puis pries aussi de toutes forces, saint Avertin qui guérit les vertiges, saint Léonard l’épilepsie, saint Guy les tremblements du diable, saint Valentin les convulsions et les pamoisons .

Si rien y fait, vas voir le Dr Villeneuve, ce moyen-âgeux vétérinaire en médecine et un des meilleurs astrologues du pays qui préconisait en son temps : »il faut perforer le crâne pour que la matière morbifique puisse passer à l’extérieur »

 

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28 avril, 2007 à 13:17 | Commentaires (175) | Permalien


Pourquoi vouloir soigner les autres

Il est des rencontres qui nous dépassent, parfois c’est un face à face qui parle avec son silence, un échange de regard et un ressenti de part et d’autre. Un fil se tend, le courant passe.

Soigner c’est accepter de se dévoiler, de dévoiler son intériorité, sa vulnérabilité. La présence soignante est à ce prix.

Je laisse alors l’émotion m’envahir mais sans me dépasser, je la laisse m’habiter doucement. C’est elle qui va me mettre en lien avec l’autre et qui va me permettre de ressentir. C’est ainsi que je pénètre dans l’histoire des gens, que je les rencontre pour les aider. Je comprends et je ressens que l’autre est malade.

malade

Qu’est-ce qui m’intéresse dans l’être humain, qu’est-ce qui m’attire et qu’est-ce qui fait aussi que les malades semblent attirés vers moi ? La dimension spirituelle, celle de l’esprit, la force de volonté.

L’être humain ne se réduit pas à ce que l’on en voit, il a un intérieur. Il est toujours en puissance de s’accomplir, de grandir, de surmonter, d’explorer, de se dépasser et toujours en devenir.

Comme je ressens ce qui se dégage d’une personne, je suis sensible aussi à l’énergie qui se dégage de certains lieux, dans la nature, des forces régénératrices où l’on prend pied. Des endroits riches en histoires et en émotions, églises, monastères, vieux châteaux.

 

Le corps est un mystère comme l’esprit. Nul médecin n’est capable de prédire le temps qu’il reste à vivre à un malade. Parfois même j’ai vu des médecins incapables de diagnostiquer la mort. Par contre certains malades arrivent  à déterminer exactement la date de leur mort…

Le temps qu’il reste à vivre, cela dépend de paramètres que le médecin ne connait pas, comme le goût de vivre, la force intérieure, ou le sentiment qu’il y a encore des choses à accomplir. En quelque sorte, le malade choisit sa mort. Parfois les malades meurent dans les temps prévus parce qu’ils se sont fiés aux médecins, se sont conformés à leur pronostic.

Garder la vie, c’est dans les profondeurs de l’être que cela se passe.

Lorsque l’on a côtoyé des mourants, on sait que la vie humaine est une force.

 

Mon métier m’a conduit à être à l’écoute de la souffrance des autres. Et après toutes ses années, je parviens à mieux les comprendre. Surtout depuis que moi-même j’ai dû traverser et vivre des moments difficiles. J’ai développé une espèce de force intérieure pour aider les autres, mieux les ressentir et ressentir aussi leur mal. J’ai développé un pouvoir de perception. Mais il n’y a là rien de magique ou de surnaturel, c’est de l’empathie et de l’intuition que chacun possède.

J’ai aussi beaucoup aidé des gens en dehors de mon travail, des gens proches que j’ai accompagnés. Parfois j’ai découvert leur maladie, je l’ai ressentie physiquement.

 médecin intérieur

Mais je pense que les gens ont tous un médecin intérieur. Une capacité à s’auto-guérir. Une force intérieure de vie qui maintient un équilibre de santé. Notre système immunitaire nous préserve des maladies, nos blessures cicatrisent, nos fractures osseuses se consolident. Et cela se réalise tout seul. Parfois dans certaines maladies graves, on assiste à des rémissions, à des guérisons inexpliquées.

Le processus d’auto-guérison semble se réaliser tout seul mais en réalité, pas sans notre consentement. Parfois des malades se laissent volontairement mourir et des gens bien portants semblent tomber malades comme s’ils l’avaient souhaité.

Dans notre corps, tout ne sa réalise pas tout seul. Car nous l’habitons notre corps, nous le sentons vivre. Parfois il nous parle. Il montre des petits signes, des signaux d’alarmes. Nous n’y prêtons pas attention et nos médecins n’y sont malheureusement pas assez attentifs et n’ont pas le temps de s’y intéresser. Mais le corps a son langage. Sans tomber dans l’hypocondrie, il faut écouter son corps.

hypocondrieLa maladie n’est pas un état naturel, elle signe un déséquilibre. Alors on s’étonne, on se pose la question : « que se passe-t-il ? ».

Notre corps est structuré biologiquement pour le bien être et la santé.

La maladie ne survient pas par hasard, elle se construit en nous, parfois sur de longues années. Elle vient prendre place dans notre vie, dans notre histoire. Elle survient parfois après un deuil, une séparation, une difficulté. Lorsque nous vivons des expériences de vie difficiles, nous luttons, de toutes nos forces, nous refusons. Parfois une blessure morale se transforme en maladie physique. Le corps exprime la souffrance qui ne peut pas sortir. Les évènements psychiques ont un impact sur notre système immunitaire, ils abaissent les défenses jusqu’à rompre l’équilibre. Les émotions, le stress jouent un rôle important dans le processus de maladie. Il y a un lien entre le corps et l’esprit, une interaction.

Mais l’esprit a une force sur le corps, mes années de travail en psychiatrie me l’on souvent montré. L’esprit a la capacité de rendre le corps malade, mais il a aussi la capacité de diminuer la douleur, les troubles, les angoisses, de trouver des solutions pour aller mieux.force intérieure

Le corps humain, il vit, il respire, il mange, il boit, il voit, il entend, il parle…c’est une formidable machine et en plus il pense. Parfois aussi la pensée se dérègle et souffre !

Le cerveau c’est 100 milliards de neurones. Et si le corps parfois se repose, le cerveau, lui, ne dort jamais. Il reste le maître. La douleur, avant d’être physique, elle est mentale, chacun a un seuil de perception différent. Le médecin seul ne peut pas la quantifier, seul le malade peut le faire.

 

Pour soigner les autres, il faut d’abord les regarder, les écouter, les ressentir, écouter leur vie, leur histoire et comprendre pourquoi ils sont tombés malades. Ensuite alors on peut les aider à retrouver les forces en eux capables de les soigner.

 

 

 

 

30 janvier, 2017 à 17:12 | Commentaires (0) | Permalien


LA DEPRESSION : seul face à soi-même

Un chagrin passager, un échec, un deuil, une rupture sentimentale conduisent parfois à prendre des antidépresseurs. On médicalise, alors qu’il est humain et naturel d’avoir de la peine quand on vit une séparation,  quand on perd quelqu’un. Ce sont des évènements normaux de la vie et la souffrance est  à ce moment là nécessaire. Faire un deuil, c’est savoir pleurer.   obama-larmes_0

La vraie dépression se caractérise par une tristesse généralisée, on est comme dévitalisé, sans énergie, on fuit le contact avec les autres et on ne parvient  plus à se concentrer ni à prendre du plaisir. Mais elle ne survient pas par hasard. Comme toute maladie, elle se fabrique tout au fond de nous, s’inscrit dans un parcours de vie, une histoire dans laquelle elle trouve son sens. Privée de ce contexte là, elle n’est plus qu’une pathologie qui ne ressemble à rien.

Alors avant de penser tout de suite traitement, donnons- nous le temps de voir et de comprendre la dépression comme un mécanisme de défense, un peu comme la fièvre, un mal pour un bien ; comme un signal d’alarme qui montre que quelque chose ne va pas et qu’il faut s’en occuper. On pense que les dépressifs sont des êtres plus vulnérables et plus faibles que les autres. Il n’en est rien. Et souvent  dans la plupart des cas, au sortir de leur dépression, ils seront plus forts, plus armés, car ils auront trouvés ce qui compte réellement pour eux, ce qui les rend vraiment heureux, ce qui booste leur système de défense immunitaire psychique.

Souffrir d’une dépression, c’est peut être une  chance  qui nous est donnée d’améliorer la qualité de notre existence, c’est envisager sa vie avec plus de réalisme, arrêter de se mentir, arrêter de se bercer d’illusion sur soi, sur ses capacités… Aller à l’essentiel.  Dans la vie, nous nous laissons envahir, au sens propre comme au figuré, par tout un tas de choses  inutiles et encombrantes, voire nocives et lourdes à porter et qui même parfois nous sont léguées en héritage. Déprimer c’est faire le tri dans tout ça. Pour s’accepter enfin tel que l’on est, et faire le deuil de ce que l’on ne sera jamais….

Mais dans notre société, il n’y a place que pour les gens normaux, comme si la normalité était le summum de ce que l’on peut atteindre.  On veut des  gens parfaits, toujours

imagesSUB7TMGFefficaces et productifs Alors on corrige les imperfections avec la chirurgie, on chasse la moindre ride, on commande presque les enfants sur mesure. La vie humaine est devenue une  marchandise,  un bien de consommation ; elle s’est banalisée et a perdu toute sa valeur. On oublie que les personnes qui vivent autour de nous existent, sont vivantes, et que derrière chaque visage, chaque sourire ou chaque larme, il y a une singularité, une richesse unique, une personnalité et une histoire particulière.

Dans cette époque obsédée par la performance, la réussite, la rentabilité forcément la dépression est très mal acceptée. Les baisses  de régime, les passages à vide sont tout de suite interprétés  comme pathologiques. On ne sait plus prendre le temps d’être seul un moment avec soi même pour se remettre en question, se center sur soi.

 

Alors que l’on dispose de multiples moyens de communication, paradoxalement on n’a jamais autant souffert de la solitude.  Justement parce que l’on ne sait plus être seul, comme on ne sait plus pleurer, on se sait plus avoir de la peine. Alors on avale les antidépresseurs que des médecins attentionnés nous prescrivent en faisant l’impasse de la remise en question de notre vie et des raisons qui nous ont amenés à déprimer. On se voile la face, on fait bon semblant en empêchant ainsi quiconque de nous venir en aide.écoute

C’est à ce moment là que l’on risque de tomber dans la vraie pathologie,  avec perte d’appétit, idées suicidaires et même passage à l’acte. Et alors à grand renfort d’antidépresseurs, de sismothérapie on continuera de s’attaquer au symptôme sans chercher à comprendre le sens de la maladie, pourquoi on en est arrivé là, la place que la dépression occupe dans notre vie, son utilité, pourquoi elle est devenue si indissociable de notre fonctionnement, pourquoi on s’est enfermé insensiblement dans des rechutes successives qui ont fait de nous des dépressifs chroniques.

Aucune arme thérapeutique  ne pourra  remplacer la démarche sur soi, la remise en question,  le travail d’introspection. S’affronter soi-même ça fait souffrir mais ça fait grandir.

 

27 janvier, 2017 à 10:18 | Commentaires (0) | Permalien


LE SENS DES MAUX

Après quarante années passées à travailler en hôpital psychiatrique en tant qu’infirmier, j’ai décidé d’écrire, pour parler de ce métier, pour faire part de mon expérience et pour évaluer aussi l’évolution de la psychiatrie.

Ce métier m’a beaucoup appris et les malades en général m’ont beaucoup appris.

Ma profession aidant, j’ai été amené au cours de ma vie, à m’occuper de nombreuses personnes autour de moi qui sont tombées malades, aussi bien physiquement que moralement et qu’il a fallu soigner et accompagner.

Et ce parcours me conduit aujourd’hui à une réflexion sur le soin, sur le sens de la maladie, qu’elle soit mentale ou physique, sur la place qu’elle vient prendre dans notre vie. Je ne crois pas que l’on tombe malade par hasard.cerveau

 

Les neurosciences, ces dernières années,  à l’aide d’imageries cérébrales, de dosages des récepteurs, de scanners sophistiqués étudient la biologie des cellules neuronales et visent à comprendre, à prédire, à diagnostiquer et à traiter les troubles mentaux, qu’ils soient neurologiques, psychiatriques, sociétaux, éthiques, juridiques…

Ainsi la psychiatrie est devenue, en quelques années, une psychiatrie biologique. On fait des analyses de sang, des scanners cérébraux, on recherche des bio-marqueurs, des gênes de susceptibilité. On est persuadé de reconnaître les troubles de la pensée sur les images cérébrales.

La folie redevient cette « maladie des organes du cerveau » comme l’appelait autrefois Voltaire.

On utilise la stimulation magnétique transcranienne et les électrochocs font un retour en force.

On pense aussi guérir de nombreux troubles par la chirurgie cérébrale, à l’aide d’électrodes implantées dans le cerveau. La neurostimulation, au départ limitée à certaines maladies neurologiques comme la maladie de Parkison, semble pouvoir s’étendre à de nombreux troubles tels que la dépression, l’anorexie, la boulimie, les tocs, les délires…

Du coup, on ne se pose plus de question, il n’est plus nécessaire de s’intéresser à la vie des gens, à leur histoire puisque la genèse de leurs troubles n’est que somatique.

Les neurosciences cherchent à identifier et à comprendre les dysfonctionnements des circuits neuronaux de la pensée, des émotions, des comportements et à découvrir les causes des maladies neurologiques et psychiatriques et d’élaborer des traitements. Cela a entraîné un changement important dans les pratiques de soin et dans la définition des maladies mentales. Dans le même temps, le DSM V, la bible de tous les psychiatres, a fait disparaitre l’ancienne nosographie des maladies mentales et propose à la place une liste impressionnante de troubles, d’anormalités tous susceptibles d’être traités chimiquement.

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La psychiatrie abandonne sa clinique et rationalise sa pratique. On revient à la fusion de la psychiatrie et de la neurologie qui s’étaient autrefois séparées.

La cause des troubles psychiatriques est donc à rechercher dans les connexions cérébrales et nulle part ailleurs. Du même coup, la spécificité de la psychiatrie, de ses soignants, de ses malades, de son travail devient obsolète et inutile. On a créé le même diplôme pour les infirmiers et on veut traiter de la même façon la maladie qu’elle soit psychique ou physique.

Ainsi les neurosciences ont éliminé la réflexion clinique, il n’est plus question de s’intéresser à l’histoire du patient, au rôle de l’environnement, de la famille, de la culture, de la religion dans la genèse de sa maladie.

On pense être capable d’expliquer l’humain, sa psychologie (le mot est même de trop), ses émotions, sa conscience, sa subjectivité, sa manière d’être au monde uniquement à partir de son cerveau biologique.

La pensée, l’âme, l’intériorité semblent ainsi se réduire à un dosage plus ou moins  harmonieux de neuromédiateurs chimiques. Cela voudrait dire que l’individu est irresponsable, incapable d’agir lui-même sur ses troubles. Il attendrait, bon patient passif, que la solution lui soit apportée de l’extérieur, par un traitement chimique, une opération, un électrochoc… Adieu donc la psychothérapie, l’introspection !

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Croyez-vous qu’en tant que soignant, on doive se satisfaire de cela ?

L’être humain n’est-il pas autre chose, de plus grand, de plus beau, de plus inconnu, de plus énigmatique. Ne révèle-t-il pas parfois des ressources insoupçonnées ?

Après avoir soigné beaucoup de patients, après avoir accompagné quelques personnes sur le chemin qui les menait à la mort, j’ai compris que « les forces de l’esprit » dépassent parfois nos connaissances et nos certitudes purement biologiques. Je crois que l’être humain a en lui les capacités de se soigner, de faire face à ses troubles, de les comprendre et d’y remédier. La pensée, l’esprit, ce qui fait la force de vie d’un individu, ne se résument pas à quelques molécules chimiques.

Quel sens alors peut avoir l’expression « prendre soin » ?

 

18 janvier, 2017 à 16:46 | Commentaires (0) | Permalien


TRANCHES DE VIE EN PSYCHIATRIE

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Je viens de partir à la retraite  après quarante années passées à travailler en tant qu’infirmier en psychiatrie et j’ai fait publier un livre qui pourrait certainement aider les nouveaux soignants dans cette profession. J’y raconte mon expérience, au travers de la vie d’un hôpital, des services, des malades et des collègues que j’ai rencontrés. Ce livre est lisible par tout public.

Beaucoup de sites et de magazines (santé mentale, le cercle psy, sciences humaines, infirmiers.com, santé news, unafam, serpsy, etc) s’y sont intéressés.

De nombreuses écoles d’infirmières en France, en Belgique, en Suisse, au Canada l’ont mis à l’étude cette année.

J’ai été contacté par M Jean-François Marmion, journaliste du Cercle psy Sciences Humaines pour réaliser un podcast visible sur son site  jfmarmion.com

http://www.jfmarmion.com/dominique-sanlaville-tranches-de-vie-en-psychiatrie/

Rapidement la lecture de ce livre ne s’est pas limitée au seul monde des soignants.

 

 

Tranches de vie en psychiatrie

 Réflexions d’un infirmier

Dominique Sanlaville

 

Infirmier en psychiatrie depuis 1977, j’ai voulu réaliser un travail de réflexion sur l’évolution de la pratique de la psychiatrie en France

Au travers de quelques cas, au travers de la vie d’un hôpital, des services que j’ai connus et des collègues et des malades que j’ai rencontrés, j’ai essayé de transmettre mon expérience et surtout de mettre en évidence ce qui me semble indispensable dans la relation avec le malade.

 

Une psychiatrie déshumanisée :

Des anecdotes, des textes simples à lire, abordables par tous et même parfois volontairement humoristiques présentent ce monde obscur de la psychiatrie qui fait peur, mais qui est souvent le reflet de celui des gens normaux.

Des cas concrets illustrent les différentes pathologies. Et au fil des pages, se dessine cette réflexion qui définit ce que doit être le soin.

C’est aussi l’histoire de cette psychiatrie qui s’est peu à peu dépsychiatrisée, déshumanisée…

 

Disparition de la psychothérapie :

La façon de comprendre, de considérer et d’accepter la maladie mentale a beaucoup changé. Les impératifs budgétaires, les protocoles et une médicalisation trop importante ont réduit peu à peu l’activité du soignant à des gestes techniques aseptisés et rentables financièrement. La psychothérapie a disparu, le mot inconscient n’est même plus prononcé. Les électrochocs et les attaches reviennent en force. On ne prend plus le temps d’écouter et de comprendre le patient, de connaître son histoire et celle, intimement liée, de sa maladie. Il faut surtout le normaliser, effacer ses symptômes pour qu’il ressorte au plus vite avec souvent comme seule aide, son traitement  médicamenteux.

 

Le mal être en psychiatrie ne concernerait pas que les patients :

On a oublié que c’est la relation qui est porteuse du soin. Et sans cette relation thérapeutique, le travail de l’infirmier risque d’être vidé de son sens. En fin de carrière, j’ai l’impression que ce métier n’est plus fait pour moi, je m’y sens mal et parfois même, il m’arrive de ne pas être fier de ce que je fais…

Je constate que mes jeunes collègues ne sont plus motivé(e)s  et veulent s’en aller. Le mal être en psychiatrie ne concernerait donc plus seulement que les patients.

 

 

Tranches de vie en psychiatrie       Dominique Sanlaville

Editions Edilivres       juillet 2016  218 pages

Format papier 17,50 euros      format numérique 1,99 euros

 

 

https://www.edilivre.com/catalog/product/view/id/761348/s/tranches-de-vie-en-psychiatrie-dominique-sanlaville/

 

J’attends vos commentaires  et vos avis sur cet écrit. Bonne lecture.

 

12 janvier, 2017 à 7:25 | Commentaires (4) | Permalien


Il est difficile d’être fragile

 

          Un français sur deux déclare souffrir ou avoir déjà souffert de fragilité mentale . La France serait-elle à moitié folle ? En tout cas elle est championne de la consommation d’antidépresseurs, elle a la médaille à ce niveau là ! 8 français sur 10 pensent que pour aller mieux, il suffit d’une bonne hygiène de vie . 62% sont persuadés que les médicaments sont très efficaces . 42% pensent qu’il suffit de prendre sur soi et d’attendre que ça passe . 71% pensent que parmi les causes susceptibles de rendre fragile, le travail arrive en tête avec son stress, ses objectifs de production, ses menaces de chômage . Si le travail est souvent facteur d’intégration, force est de constater qu’il peut aussi nuire gravement à la santé .prozacsantaclaus25108.jpg

 Les nombreux suicides actuels dans certaines entreprises en témoignent . Et les hommes plus que les femmes adoptent des solutions radicales . Evoquer sa faiblesse, ses zones d’ombre n’est pas digne d’un homme ! Derrière le mot « psy » se cache encore une  grande incompréhension et une grande peur ! (institut de sondage TNS juin 2009)

Il est bien difficile d’être fragile et d’être accepté avec ses fragilités dans cette société qui ne valorise que la rentabilité et l’efficacité. Malheur aux vieux qui ne sont plus assez vifs, malheur aux handicapés chienhandicap.jpgqui n’entrent pas dans les normes de productivité, malheurs aux malades en général qui pèsent sur les charges collectives . Derrière ce rejet se dissimule toujours très mal cette vieille tentation d’eugénisme et d’euthanasie qui nous rappelle cet ancien projet nazi concernant  « les vies qui ne valent pas ou plus la peine d’être vécues » !

 Le droit de ne plus encombrer, de ne plus être une charge pour les autres, de ne plus gêner conduit régulièrement de nombreuses personnes au suicide ou les amènent dans les services de psychiatrie . On les retrouve épuisés, honteux, culpabilisés, ne pouvant plus faire face, avec une situation sociale dramatique .

Notre société interdit d’être fragile  et ceux qui le sont ou le deviennent sont rejetés ou marginalisés comme des « a-normaux » .

Cette société est mortifère parce qu’elle nous oblige à vivre dans le mensonge . Car il est humain d’être fragile . Par nature l’ humain est fragile . Qui de nous peut prétendre ne pas avoir de limites, de failles ?

La société nous impose en permanence de cacher, de compenser nos manques et nos fragilités . fantasmecanne.jpg

Est-il possible de vivre des relations humaines authentiques quand on est sans cesse obligé de se contrôler, de rester bien indépendant des autres et de porter partout sa grosse carapace protectrice ? Nous nous mentons à nous-mêmes tout le temps . C’est pas facile de reconnaitre ses fragilités, ses manques, ses zones d’ombre, ses démons intérieurs, pas facile de s’accepter négativement sans perdre l’estime de soi et des autres bien sûr . Peut-on miser sur la capacité de compréhension et de bienveillance de notre entourage familial, professionnel ou social ? Peut-on s’exposer si l’on craint d’être détruit ? Quand on est entrainé depuis tout petit à vivre sous le projecteur des comparaisons, quand on est entrainé à être le meilleur, il est impossible de se risquer à se montrer tel que l’on est .

Quelle immense difficulté alors pour ceux qui souffrent de faiblesse psychique et qui vivent sous le regard des autres . Pourtant, nos fragilités et nos faiblesses peuvent être aussi notre force et notre richesse . Quand on accepte de montrer ses faiblesses, du même coup on permet aux autres d’exposer aussi les leurs et on peut alors construire avec eux une relation authentique, en abattant les masques . On peut évoquer ces fragilités qui nous habitent et nous paralysent sans peur d’être jugés ou assimilés à des nuls . Accepter ensemble nos propres vérités et pouvoir enfin être nous-mêmes avec ces défauts qui font aussi nos qualités .

Faudrait-il en arriver à promouvoir un droit à la fragilité ? Le droit d’être fragile sans être exclus de la société, sans être contraint de vivre dans le déni ou de jouer un rôle pour pouvoir être accepter .hommefragile.jpg

Cette vérité nous rendrait libre, elle serait notre force et humaniserait nos relations . Oser être vulnérable, prendre le risque d’être atteint, déstabilisé… mais vivant .

5 mars, 2010 à 9:20 | Commentaires (14) | Permalien


Réflexions d’un soignant

 

La volonté de mettre la folie au même rang que les autres maladies n’a jamais pu s’imposer absolument . Il faut reconnaître que le concept de folie est bien plus étendu que celui de maladie .

Le fou, l’insensé, c’est l’«autre de la raison », plein d’élans morbides ou suicidaires, emporté par la violence de ses passions . On le dit « fou à lier », « fou à enfermer » .camisoleforce3.jpg

 

Il fait peur car il trahit quelque chose de l’homme et de sa très illusoire normalité . Ainsi on l’a toujours chassé ou tenté de le cacher .

Parce qu’avant d’être victime de sa maladie, il reste coupable d’être fou . Et sa folie stigmatise une faute volontaire, un péché inavoué .

 

Au retour d’une intervention musclée dans un autre service, je réalise que la psychiatrie se rapproche de plus en plus et dangereusement des limites floues du soin et de la sanction, comme la folie elle-même se situe bien aux limites floues de la souffrance et de la faute . Ce malade qui nous a ennuyé pendant une heure doit maintenant payer le prix .  L’enjeu principal devient vite un enjeu de pouvoir et de domination où il n’est plus toujours vraiment que question de soins . Les dérives sont rapides .

J’ai de plus en plus de mal à accomplir ce côté peu noble de mon travail . Un collègue me disait, sur un ton de reproche : « je sais bien que tu n’aimes pas attacher les gens ! » Effectivement , je déteste ça et j’espère le détester encore longtemps, ne jamais m’y habituer. Ceux qui aiment ne devraient pas avoir le droit d’exercer ce métier .

 On a jamais autant attaché et contenu qu’actuellement dans les services . Les malades sont-ils plus fous et agités qu’avant ? Ou les règles ont-elles changé ?

La psychiatrie n’échappe pas à cette volonté de normalisation, de répression de la différence qui gagne aujourd’hui toute notre société . A tel point que l’exclusion et la réclusion semblent se banaliser . On est tous malades, malades de ne considérer comme normaux que les seuls « rentables » « productifs » et de ne reconnaître que cette seule valeur à laquelle on attache énormément d’importance : « l’argent »

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Et notre psychiatrie est emportée elle aussi dans un virage dangereux vers une « perversion gestionnaire » d’inspiration libérale avec tous ses effets déshumanisants . L’hôpital psychiatrique redevient ce bastion historique érigé contre l’hostilité mutuelle entre société et folie .

Il faut traiter, éradiquer l’anormalité !

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Et la surconsommation de psychotropes trahit bien cette évolution de la psychiatrie qui s’appuie désormais surtout sur l’usage des médicaments et qui oblige le patient à privilégier cette seule démarche thérapeutique : la prise du traitement pour maintenir le plus possible à distance et faire taire ce trouble qui s’est emparé de lui .

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Pinel avait eu autrefois ce désir d’aller vers le malade mental et de rechercher, derrière sa folie, quelque chose d’humain, cette partie de son esprit restée saine et sur laquelle on pouvait s’appuyer pour établir une thérapie .

Face à l’importance qu’ont pris les médicaments, l’usage des contentions et de l’enfermement, il s’agit d’opposer autant que possible des chemins de traverses permettant à ceux qui ne disposent pas de tous leurs moyens, de pouvoir encore affirmer leur autonomie . Leur souffrance est pour eux  avant tout une incompréhension .

La parole, la recherche du sens, l’accompagnement, la prise de risque inévitable, sont les outils indispensables pouvant aider à établir avec l’autre les conditions favorables à sa renaissance et à sa reconnaissance .

Et si parfois il nous surprend, semblant revenir de loin, c’est qu’il a pu trouver les ressources pour cheminer seul, au fil de son existence, avec ce goût de vivre qui lui manquait avant notre rencontre . Mais il a fallu d’abord qu’il s’échappe de sa détresse, qu’il brise sa cage et les murs d’incompréhension autour de lui, qu’il sorte de son enfermement et du notre en même temps . L’hôpital psychiatrique n’enferme pas que  ses fouscoupabledtrefou.jpg

 

 

 

Le soin médicalisé doit rester subsidiaire, il ne doit jamais occulter le « prendre soin » par des liens d’attention, de confiance et de respect avec le patient et sa famille, en repoussant le plus possible les spectres de la violences, de la contrainte, de l’exclusion et du rejet .

Il faut construire la véritable alliance thérapeutique, ne pas se laisser enfermer dans la  « folie technocratique » au risque de perdre notre capacité à aller vers l’autre, celui qui souffre, c’est-à-dire soigner .

 

13 mai, 2009 à 10:09 | Commentaires (2) | Permalien


le bon métier d’infirmier psychiatrique

 

En règle générale,on pourrait penser que les individus qui ont choisi de « soigner » ont été scrupuleusement sélectionnés par les écoles de formation et possèdent donc les qualités nécessaires de respect, d’altruisme, d’empathie, de solidarité . Et devraient être entre eux des collègues de travail idéaux .Or, quand on fréquente les équipes soignantes,on s’aperçoit vite qu’il n’en est rien . A l’hôpital, comme dans le reste de la société, on trouve des gentils, des méchants, des hypocrites, des menteurs, des fainéants, des peureux, des pervers et évidemment des bonnes poires .

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Question fonctionnement, la gente hospitalière soignante est un peu divisée en castes, avec une hiérarchie bien présente . En psychiatrie, cela pourrait sembler à première vue différent, puisque les chefs font facilement la bise aux infirmières, puisque les médecins parfois se laissent tutoyer  … mais, il ne faut pas s’y fier, la hiérarchie est malgré tout bien présente, et lorsqu’elle sort de l’ombre, elle frappe encore  plus fort qu’ailleurs .

En théorie aussi, la spécificité de la psychiatrie voudrait qu’on ait une meilleure aptitude à utiliser la parole…Or là aussi il n’en est rien . En réalité, c’est là que les gens se parlent le moins, et si en apparence ils passent beaucoup de temps à parler, c’est souvent pour ne rien dire ou pour éviter d’aborder les choses importantes .

Sans le savoir, ou en le sachant trop, les relations entre soignants reposent sur le mode « autorité-soumission » auquel se rajoutent inévitablement ceux de séduction, manipulation, etc…

 

En résumé, si vous avez opté pour travailler en psychiatrie, sachez que les coups les plus durs ne vous seront peut être pas donnés par les malades .

 

Ceci dit accueillir la souffrance de l’autre n’est pas chose aisée, sans risque et sans conséquence, surtout quand cette souffrance est due à une pathologie mentale . Malgré tout l’arsenal de paravents déployé par notre psychiatrie moderne : protocolisation tout azimut, clinique comportementaliste axée sur l’éradication du symptôme, usage intensif des contentions, surinvestissement grandissant des fonctions gestionnaires et des « missions transversales », inévitablement la souffrance du patient atteint le soignant . Malgré toutes nos tentatives d’aseptisation du soin,  les mécanismes de défense de chacun entrent en action et mobilisent des affects qui, s’ils ne sont pas réfléchis et travaillés, vont entraîner une réelle augmentation de souffrance chez le soignant .

 

Alors il faut parler, il faut en parler . C’est là toute la difficulté ! Parce que même « bons soignants », et spécialistes patentés , on est pas très différents des autres.  Pour nous aussi, la parole ne représente que 7% de la communication entre humains .

Le reste, le non-dit, et bien c’est tout ce que le patient peut voir, percevoir, ressentir de nos contre attitudes, de nos peurs, de nos absences, de notre manque de confiance .

Nos meilleurs médicaments, nos meilleurs protocoles ne remplaceront jamais l’indispensable relation de confiance dans le soin ; Relation de confiance avec le patient certes, mais ce qui est plus dur, entre soignants eux-mêmes .

Un patient âgé, en profonde dépression  qui avait tenté de mettre fin à ses jours et qui conservait cette envie de mourir, se confiait :

–« Ils sont gentils les médecins, les infirmières, ils s’occupent bien de moi, mais je vois tellement qu’ils font semblant d’y croire ! »

–« Et oui, le plus dur dans ce métier, c’est de ne pas faire semblant ! »

 

Soigner c’est y croire et savoir prendre des risques .

 

L’univers médical de la psychiatrie est prisonnier de ce paradoxe de la double fonction du soignant : il doit à la fois contrôler et soigner . Il doit à la fois user des contraintes, des médications forcées, obéir à l’ordre sécuritaire et avoir une écoute attentive, favoriser le consentement éclairé et établir l’indispensable confiance .

Certains infirmiers portent à leur trousseau de clés, le matériel nécessaire pour attacher les patients (clés spéciales ou aimants) . Ils semblent s’être mieux accommodés que d’autres à cette fonction . En tout cas ils sont prêts pour intervenir rapidement sans trop de scrupules .N’y a-t-il pas confusion entre soin et sécurité ?mchantinfirmier.jpgle bon métier d'infirmier psychiatrique dans Non classé

Dans de nombreux pays, la contention est assimilée à un acte sécuritaire et non thérapeutique, visant à la protection du personnel et du patient .

En France, il n’y a pas de cadre législatif autorisant les infirmiers à l’utiliser ou même à recourir à la force physique pour contenir un patient . Est-ce que ce geste est considéré comme un acte infirmier ?As-t-on mis en place des formations théoriques et pratiques pour se servir des attaches, pour gérer la violence ?

Curieux pays que celui des droits de l’homme qui s’accommode d’un tel vide juridique dans ses hôpitaux psychiatriques .

 

De tous les soins pratiqués par l’infirmier, la contention est de loin celui le plus impliquant émotionnellement et paradoxalement le moins réglementé par des textes de lois spécifiques .

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En tout cas celui dont on parle le moins .

Cet état de fait entretient l’opacité . La contention est un sujet tabou, douloureux et culpabilisant qui entache l’image du bon soignant dévoué dans sa vocation sacerdotale .

Alors qu’il s’agit d’une pratique qui revient en force dans les milieux psychiatriques ! Et l’on sait par ailleurs qu’aucune étude sérieuse n’a jamais pu démontrer l’efficacité thérapeutique de la contention .

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Nombreux sont les soignants qui se sentent mal à l’aise dans ce rôle sécuritaire qui devient de plus en plus prédominant . La psychiatrie se débat dans ses contradictions .

 

 

26 avril, 2009 à 10:23 | Commentaires (3) | Permalien


Le SOIN MALADE de nos EMOTIONS CONTENUES

Pour être un bon soignant, recommande-t-on en formation, il ne faut pas se laisser envahir par la maladie du patient . Il faut se prémunir, se protéger .infirmierprotg.gif

La médecine moderne nous apprend effectivement à rester maître de nous-mêmes grâce à une « distance thérapeutique », ceci tout en prétendant aider les autres, les malades, euh… nos semblables ?

Mais même en ayant appris à bien s’en méfier, des émotions nous atteignent quand même, et on les reçoit et on les ressent dans notre propre corps . Parce que, qu’on le veuille ou non, ces  émotions, elles sont au centre du soin. C’est le lien avec le malade, c’est le mouvement de l’âme dans le corps, le sien et le notre . Les émotions, c’est justement ce qui permet au soignant de connaître et de comprendre le malade, d’être en intimité avec lui, bien au delà des mots , de partager son quotidien, sa souffrance .

Souvent les émotions sont considérées comme nuisibles, comme des obstacles, des faiblesses à combattre . Parce qu’elles se traduisent dans notre corps par des substances chimiques et agissent on le sait maintenant, jusque sur notre système immunitaire . Notre corps conserve une mémoire émotionnelle . L’être humain, psychiquement, se constitue en archivant ses émotions . Ainsi, les expériences du passé sont enregistrées, depuis notre conception, et déterminent ensuite nos réactions, nos comportements et expliquent aussi certaines de nos maladies . Pour être vécue, une émotion doit passer par différentes étapes, il y a comme un déroulement naturel du processus émotionnel, que l’on peut parvenir à enrayer ou à interrompre à un moment donné . Ces blocages on le sait, donnent souvent lieu ensuite à des manifestations de symptômes propres à chaque individu . On peut ainsi bloquer ou « rentrer  » sa colère, bloquer son plaisir, étouffer ses pleurs, etc…

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  C’est bien compliqué de vivre ses émotions ! Ainsi certaines situations vécues par d’autres, les malades par exemple, peuvent nous rappeler nos propres vécus personnels traumatisants . Cela fait écho en nous . Parce que comme eux, on a une histoire, un passé, des souffrances cachées, des émotions contenues … Alors au contact du malade, on peut craindre pour nous mêmes, nous sentir menacés . On peut réagir par le repli stratégique et la protection en mettant la »distance » qui n’est plus très thérapeutique . Certains soignants en arrivent à redouter pour eux ce qui arrive au patient . Ils se disent trop « sensibles  » et désirent s’endurcir . On peut aussi réagir par l’agressivité et le rejet, autre forme de défense ou inversement par une sorte de sur investissement de la relation avec le patient qui nous pousse à agir à sa place, comme si on tentait de résoudre nos propres problèmes, d’apaiser note propre souffrance .motionscontenues.jpg

Comment alors concilier le « souci de l’autre » sans se perdre dans la relation d’aide, comment conserver l’indispensable confiance du malade en se montrant suffisamment authentique et sincère dans ses propres réactions ? Et bien tout simplement en acceptant d’être comme on est, avec ses défauts et ses faiblesses . En acceptant ses propres émotions, en apprenant à les gérer, à vivre avec et à travailler avec , à ne pas les confondre avec celles du patient . Parce que la connaissance qui vient de soi est une force insoupçonnable pour ceux qui veulent aider les autres .

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Admettre ses peines, ses souffrances, savoir les toucher . Rassurons-nous, ce n’est pas de ressentir une émotion qui fait mal, c’est justement de refuser de la vivre . Elles ne sont donc pas des obstacles, mais des éléments de compréhension . Elles sont notre part humaine, celle qui nous rapproche réellement du malade et qui fait qu’avec lui nous parlons le même langage et pas celui uniquement médical . Parce que c’est bien par l’humain que l’on peut apporter une aide et non pas par nos gestes techniques infaillibles, nos soins aseptisés et nos protocoles savants .

 

21 juin, 2008 à 15:18 | Commentaires (42) | Permalien


VOULOIR SOIGNER

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Vouloir soigner nécessite des compétences, mais surtout une « attitude » . Il faut avoir le « souci de l’autre » . Et ne pas se tromper, dans cette relation à deux, le soigné apporte souvent plus au soignant que l’inverse . Reconnaître cela, c’est commencer à soigner vraiment en faisant déjà preuve d’humilité, qualité première et indispensable . Et cette attitude permet au soignant de réellement s’approcher du patient et d’être gratifié dans sa fonction par la confiance qui lui est accordée . Seule la gratification qu’apporte le malade peut renforcer le désir de soigner, les autres gratifications, si peu nombreuses il est vrai (note, reconnaissance des supérieurs) ne peuvent que le pervertir .

Pour être soignant, il faut être exempt de certaines prétentions , celle du « tout savoir  » entre autres, et exempt de certaines dispositions d’esprit malsaines comme le désir de « pouvoir », que l’on retrouve malheureusement fréquemment chez tous ceux qui travaillent dans la santé et qui ont à faire à ceux qui sont affaiblis par la maladie .

Parmi les gens qui se sont formés ou qui se forment aux soins, très rares sont les vrais « empathiques », ceux qui d’emblée et sans l’avoir appris comprennent intuitivement ce qu’est le soin . D’autres rares aussi heureusement, sont des pervers qui trouvent dans ce métier la possibilité d’assouvir un désir de domination sur les autres et même de prendre plaisir à les voir souffrir . C’est un trait de leur personnalité, ils ne peuvent pas soigner et ne peuvent pas non plus être soignés .infirmireperverse.jpg
Enfin, en majorité, on trouve des « indéterminés », qui, suivant les personnes qu’ils vont rencontrer pendant leur formation et même après, pourront pencher du côté des empathiques ou du côté des pervers .

Il ne doit y avoir aucune notion de pouvoir entre le soignant et le soigné . Le patient, malgré cette appellation, ne doit pas être assujetti, ne doit pas devenir un objet, un numéro de lit ou de chambre, un nom de maladie, etc…Même malade, et encore plus s’il s’agit d’une pathologie psychique, il ne doit pas perdre sa faculté de penser, de choisir et de décider . On craint que ses facultés soient inhibées par la maladie? Possible, mais en réalité elles le sont bien davantage par les soignants .

Soigner c’est décider avec le malade, en accord avec lui, mettre des forces en commun, les siennes et celles de tous les soignants, partager le savoir et le savoir-faire . L’équipe ainsi formée doit rester soudée, on travaille ensemble et non les uns contre les autres . Il y a un partage de responsabilités et non une hiérarchie de pouvoirs . Si les soignants se comportent en adversaires envers les malades ou entre eux, solitaires soucieux de leur seul intérêt et surtout de se mettre hors danger, alors le soin est impossible . On ne peut pas aider l’autre malgré lui .patientennemi.jpg

Affronter la maladie, c’est aller au devant de la solitude, de la souffrance, et c’est accepter de rentrer dans l’ incertitude de la relation de soin . Y aller non pas armé de dossiers épais, de diagnostics, d’ordonnances, de protocoles savants et de l’attirail des traitements sophistiqués,mais y aller soi-même, avec nos attitudes, nos émotions, nos pensées, et notre propre histoire, tout ce qui nous constitue en tant qu’être humain et qui nous rapproche du malade . C’est s’engager en assumant le risque d’apercevoir à travers les symptômes des patients, nos propres failles internes,nos zones d’ombre, les parts de notre psychisme qui demeurent en souffrance . Les patients vont parfois nous chercher loin et nous attaquer sur les terres obscures de notre inconscient . Soigner c’est accepter de prendre conscience de ses propres maladies, de ses propres souffrances, de mettre en pensées son histoire .

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C’est en gros ce que nous apprennent les patients : que le soin n’est et ne sera jamais aseptisé, il est une rencontre inter subjective et une prise de risque permanent .

19 juin, 2008 à 14:23 | Commentaires (1) | Permalien


la Psychiatrie se « Rattache »

Il y a un certain regain d’intérêt ces derniers temps en milieu psychiatrique pour des méthodes de traitement assez coercitives et qui n’ont malheureusement pas vraiment un sens thérapeutique . Ce retour en arrière, ce renouveau des attaches et de l’enfermement trahit un délitement progressif, un appauvrissement de la relation soignant-soigné .

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Existe-t-il des lieux où l’on n’utilise pas les attaches ? Des services sans chambres d’isolement ? Est-il possible d’imaginer le soin sans ces moyens-là ?

On a connu une époque où la contention et l’isolement n’étaient pas de rigueur ! Mais parler des expériences du passé a tendance à devenir vite lassant …

 

 

La psychiatrie est passée de la contention froide et inhumaine ( camisole, chaînes, cages) à une contention par le médicament certes, mais aussi par la parole, par la notion d’équipe et d’institution soignante . C’est par le soin et l’empathie que l’on est parvenu à faire sortir la folie de son isolement pour oser la rencontrer et tenter de la comprendre .

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Recourir à l’enfermement , c’est dire : « il n’y a pas d’autres solutions » . Et alors on renvoie le malade à sa solitude et la folie à son incompréhension . La parole se tait . L’analyse clinique et la psychopathologie sont oubliées .

Mais parfois me direz-vous , ce sont les patients eux-mêmes qui réclament les attaches ! Oui l’enfermement , dans certaines conditions peut calmer , apaiser, rassembler, reconstruire . C’est parfois thérapeutique, mais jamais seul . Autour il y a une prise en charge, un soin, un accompagnement .

Cela reste malgré tout toujours très compliqué d’attacher ou d’enfermer . Ce sont des méthodes carcérales et punitives qui ne peuvent inspirer que la peur .

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Mais on a maintenant trouvé la solution, en médicalisant l’enfermement et les attaches . Il s’agit d’un geste technique qui se prescrit et qui obéit à un protocole . Et ceux qui prescrivent, en général, n’attachent pas et ceux qui attachent se contentent d’obéir . Tout le problème moral s’évacue ainsi !Et l’infirmier est du coup déresponsabilisé et déculpabilisé : ce n’est pas lui qui attache ou enferme, c’est la prescription, le protocole. C’est un geste deshumanisé qui prive le patient de la parole et fait de lui un objet .

Ces dernières années, la psychiatrie s’est beaucoup rapprochée de la médecine scientifique, souvent même géographiquement . Mais ce rapprochement a fermé beaucoup plus de portes qu’il n’en a ouvert . On nous impose maintenant une « médecine du mental » basée sur des preuves, des statistiques, une pure technique .

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Les actes sont codifiés . Le moyen d’action n’est plus la relation de soin, mais l’obéissance aveugle à des « protocoles de soins » qui signent une nette collusion entre ces » moyens scientifiques » et la judiciarisation . On se croit dans la science, dans cette science qui d’autorité n’accepte plus de problèmes de conscience, de doute, de remise en cause . Toutes les problématiques sont remplacées par des chiffres, des preuves statistiques, des énumérations .

Les neurosciences nous donnent une nouvelle vision de l’humain : c’est une pure mécanique cérébrale et les relations humaines, l’intersubjectivité ne font évidemment pas partie de l’objet scientifique . Il y a la cellule, les neurones, les médiateurs chimiques et pour mettre de l’ordre dans tout cela, les protocoles de soins ! Ils sont à la fois la raison scientifique et le cadre qui font des attaches et de l’enfermement des actes cliniques et thérapeutiques .

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Alors la parole du malade s’éteint, comme ses délires et ses hallucinations . On les combat, on les supprime . L’infirmier qui obéit aveuglément a bonne conscience, même si inévitablement sa liberté d’action est entravée, ainsi que ses capacités à imaginer . A la longue, ses motivations professionnelles s’amenuisent . Il agit en se rangeant derrière la prescription qui occupe toute la place entre lui et le malade . Pour les deux, soignant et soigné, le langage, l’essentiel de la pensée, est vidé de son contenu . La folie retourne à son silence et à son incompréhension .

 

Si ce sujet vous intéresse vous pouvez vous rendre sur un autre site qui traite de l’histoire de la folie : http://sineurbe.blogspot.com/

18 juin, 2008 à 8:05 | Commentaires (4) | Permalien


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