Prendre soin des autres

Conseils pour une bonne psychothérapie

 

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On sait que l’influence morale que peut exercer le soignant sur le malade a une importance capitale . Il doit en effet parvenir à gagner sa confiance, prendre sur lui une certaine autorité . En un mot, lui en imposer ! Mais pour cela il est nécessaire d’abord d’écouter patiemment et d’entendre sans montrer d’agacement le récit souvent interminable de tous ses malaises somatiques, de tous ses ennuis et de ses constructions mentales et raisonnements parfois bien alambiqués . Il ne faut point montrer de raillerie ou d’ironie même devant les confidences les plus surprenantes . Et toujours avoir, au moins l’air, de prendre le malade au sérieux . Ensuite on peut lui expliquer que tous ses symptômes sont purement nerveux,et , partant de là, donc guérissables . On prendra soin d’examiner ou de faire examiner par des spécialistes, tous ses organes, afin d’éliminer d’autres causes somatiques associées . Mais sans non plus donner à cette démarche une importance supérieure à la psychothérapie elle-même .

En présence du patient, on ne doit jamais évoquer le terme de « maladie imaginaire » . Cela produirait sur son esprit le plus mauvais effet . Si l’on se trouve en présence de quelqu’un de suffisamment instruit et intelligent, on devra sans crainte lui expliquer les origines de sa maladie, le faire remonter aux causes, lui montrer le point de départ de ses idées obsédantes, de ses craintes et lui laisser entrevoir où se trouve la porte de sortie d’un pareil état . S’il s’agit d’un malade peu cultivé ou d’intuition bornée, on lui donnera une explication plus ou moins exacte, au point de vue clinique, mais assez ingénieuse et toujours accessible à son entendement .

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On conduit souvent une impression heureuse et appréciée par nombre de patients en les aidant à formuler et à décrire leurs symptômes, en précisant pour eux certains détails, en leurs montrant qu’on connait ce mal dont ils souffrent aussi bien sinon mieux qu’eux . Mais il ne faut jamais prétendre se mettre dans la peau du malade et lui dire qu’on a été aussi malade que lui , qu’on est descendu nous aussi au fond du trou noir et qu’on a su remonter à la lumière . Parce qu’alors on perd la supériorité qu’on avait sur lui . Il doit sentir en face de lui quelqu’un de plus fort, d’inaccessible à ses mille misères, capable de l’en défendre, et de le réconforter . La volonté forte du soignant doit venir en aide à celle défaillante du malade .

On ne doit pas partager trop de temps et de choses avec le patient que l’on a en charge, ce qui pourrait « éroder l’autorité », « émietter l’influence » . On considère donc que pour exercer une bonne autorité morale, le soignant doit se démarquer des autres soignants qui prennent soin au quotidien du patient . La venue du soignant qui mène les séances doit être un peu désirée, ce doit être un évènement marquant et attendu qui impressionne le patient . Le soignant doit poser des limites à sa relation, la maintenir suffisamment distante et ne jamais se montrer trop familier . Il ne doit pas y avoir dans son attitude seulement de la commissération et une attention débonnaire, mais aussi de la fermeté et parfois même un peu de raideur . Le malade doit ressentir qu’il a en face de lui une raison supérieure, une volonté forte qui va le diriger, un appui solide sur lequel il pourra se pencher, quelqu’un capable de lui imposer cette « réforme morale » qu’il ne peut, seul, s’imposer . L’autorité du soignant doit pouvoir commander celle du patient, la subjuguer .

Nombre de malades refusent de sortir de leur état et font même tout ce qu’ils peuvent pour y rester . Dans ces cas-là, c’est terrible, mais ils semblent ne pas vouloir guérir. Tellement adaptés à leur façon d’être depuis des années, la souffrance et l’angoisse sont devenues presque des alliées . Ils ont fait leur lit dans la misère et s’y vautrent, rejettant souvent avec force et même agressivité ces soignants qui veulent leur faire du bien, relever leurs forces et les contraindrent à se nourrir . Le malade est parfois obsédé par cette idée qu’il ne pourra pas guérir . Il faut l’amener à rompre avec cette idée, avec son attitude morbide . Il est souvent abattu, avec un esprit dominé par un profond sentiment d’infériorité humiliante . Sa tristesse est mêlée de honte . En établissant la confiance, et peu à peu en profitant de notre volonté et de notre supériorité,on arrivera à le pousser à admettre cette idée nouvelle d’une possible amélioration ou même guérison . Chez les malades bien chronicisés, on peut parfois s’aider, afin d’atteindre le moral, de soins purement physiques au début, qui facilitent la prise de contact et la confiance . Mais on aura tôt fait de constater que les désordres physiologiques sont bien sous la dépendance de l’état mental et que ce sont les préoccupations psychologiques qui entretiennet ces troubles . La maladie mentale est bien « fille de l’idée » et doit guérir par l’idée .

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9 juin, 2007 à 10:44


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