Prendre soin des autres

La Belle Indifférente

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Le mot « Hystérie » vient du grec « hustera » qui signifie : matrice . Selon Hippocrate, l’utérus est un organe vivant capable de se déplacer . Il peut aussi enfler, saigner, suffoquer et provoquer des convulsions . Ainsi l’hystérie correspond à un ensemble de troubles liés à ce déplacement de l’utérus et on lui curedepnis.jpgattribue comme cause un manque de rapports sexuels . (penis curantur dulcima repetatur-une cure de pénis douce et répétée- préscrivait Freud en son temps )

Cette maladie d’amour n’a qu’un remède, selon hippocrate, il faut consommer . Mais attention, point trop non plus car l’orifice vaginal pourrait s’agrandir et les règles seraient alors trop abondantes et néfastes .

« La définition de l’hystérie n’a jamais été donnée et ne le sera jamais ». Lasègue 1884

En fait, 4 thèmes principaux décrivent l’hystérie : le théâtralisme, la souffrance, le cadre et la séduction .

Voici le cas de Mme A : c’est une personne très infantile, exigeante, toujours insatisfaite et émotive . Elle ne supporte aucune contrariété ni aucune frustration

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Elle a fait de nombreuses tentatives de suicide, quelques unes auraient pu être graves . Elle dit s’ennuyer à mourir à l’hopital et avoir toujours été déçue par les gens . Et ces reproches sont surtout adressés bien sûr, à ceux qui ont fait le plus d’efforts pour la comprendre et l’aider . Elle se plaint en continu de troubles somatiques divers et variés et a consulté un nombre considérable de spécialistes. Elle souffre pour le moment d’un genou . Elle est égocentrique, passe du rire aux larmes très rapidement . Elle cherche toujours à séduire, à plaire, à émouvoir son entourage et pour ce faire, utilise maints procédés de manipulation . Elle est capable de désorganiser rapidement toute la vie quotidienne d’un service aussi bien du côté des patients que de celui des soignants . Elle transgresse les règles et compare les infirmiers, en préfère certains un jour et change d’avis le lendemain . Elle trouve toujours des failles dans la prise en charge et les exploite au maximum.Dans l’équipe, l’agacement monte et risque de se transformer en rejet . Nécessité est d’établir un cadre strict qui concilie à la fois le soutien, l’aide et la distance thérapeutique . Savoir en même temps être proche et loin .

Le Théâtralisme : il est exubérant et inadapté . Ce sont des chutes répétées, des expressions de douleur extraordinaire, des malaises très bien simulés .hystriquejoueuse.jpg

Elle fait n’importe quoi de son corps, s’expose dans des attitudes et des tenues parfois indécentes . Un jour elle s’était même enduite de caramel pour se faire désirer et exciter l’avidité de certains hommes. Elle adore s’allonger par terre ou mieux, chuter dans des endroits où il y a du monde . Nous lui proposons alors une aide sans précipitation et sans trop nous approcher . Les autres malades, inévitablement, ou leurs familles, nous critiquent et Mme A nous toise alors d’un regard très expressif . Elle ne nous présente que ses symptômes et les agit , en nous enfermant dans ce cercle vicieux . Elle joue en évitant consciencieusement d’avoir une relation authentique avec l’autre . Les soignants malgré eux deviennent aussi des acteurs, ils ne connaissent pas la pièce mais sont obligés de donner la réplique . S’ils refusent, c’est l’escalade : des cris, des colères et l’augmentation des symptômes jusqu’à l’appel de l’interne…on craint de passer à côté d’un vrai trouble somatique . Jusqu’à quel point l’hystérique est-elle capable de pousser le jeu, de se mettre réellement en danger ? L’équipe se sent impuissante, et risque de répondre par de l’agressivité ou d’utiliser des moyens de contentions .

La Souffrance : si le théâtralisme fait jouir la patiente, elle est pourtant dans une souffrance morale réelle, difficile à mettre en mots . Mme A souffre atrocement d’un genou . Quoi faire? Commencer par consulter un spécialiste . Celui-ci ne voit rien à priori mais préscrit une radio . La malade est rassurée, enfin on va trouver le mal qui est en elle et qui l’empêche de vivre ! Dans cette attente, elle est plus calme . Mais elle montre sa douleur et se fait aider par les autres patients . Le spécialiste ne trouve rien à la radio . Mme A est alors au plus mal et passe une journée détestable . Mais le lendemain elle parle de douleurs réelles situées dans le cerveau que nous ne saurons pas diagnostiquer . Le symptôme a changé de place dans la nuit . Les examens n’ont servi à rien . Comment trouver un équilibre entre banalisation et sur-médicalisation ?

Le cadre : L’équipe est en danger . L’hystérique sème le bordel, épuise, inquiète et met le personnel en difficulté aussi avec les autres patients . Il faut établir un cadre pour se protéger, donner des limites pour rester dans la cohésion du soin . Ce cadre permettra d’écouter, de réfléchir et d’élaborer des réponses d’équipe . Il ne s’agit pas d’un cadre de fermeture, de contrôle mais d’un entourage, d’une mise en valeur . Si le cadre ressemble à un carcan il risque de devenir un nouvel objet de plainte, de revendication et la patiente, de toute façon, parviendra encore à y trouver des failles dans lesquelles s’engouffrer . Il faut savoir écouter, mettre en place des entretiens, avec l’assentiment de la malade, lui permettre de déposer en chacun d’entre nous . Il faut délimiter pour structurer et non pas supprimer et punir .

La séduction : C’est l’ »histrionisme » : attitude infantile faite de sensibilité exacerbée, d’exhibitionnisme, de plaintes multiples .sductrice.jpg

La patiente adopte des comportements de séduction, elle a le souci de plaire de façon toujours inadaptée et exagère volontairement ses émotions . Mme A recherche le contact, le toucher, elle caresse les cheveux du personnel, les mains . Elle se permet parfois de tutoyer et érotise ses relations . Si le soignant répond à la séduction, il fait naitre de l’angoisse, s’il résiste, il provoque l’agressivité . La séduction exprime des sentiments infantiles, une pauvreté affective et une intolérance à la frustration . Comme une enfant avec ses parents, l’hystérique a besoin de se savoir au centre de nos préoccupations .

Comment faire avec les hystériques? Elles parlent mais n’employent pas le bon langage . Il faut les aider à trouver les mots, à donner un sens, à traduire leurs attitudes . Plus que d’un savoir-faire, il faut un savoir-comprendre . Ne pas buter sur le symptôme, mais le contourner .

13 septembre, 2007 à 10:09


2 Commentaires pour “La Belle Indifférente”


  1. Gentlekid écrit:

    J’ai compris pas mal de trucs sur mon ex…

  2. agamenon écrit:

    Si on répond à la séduction on fait naître l’angoisse…
    Par quel processus naît l’angoisse dans le cadre de la réponse à la séduction ?
    Est-il possible de faire prendre conscience à l’acteur de la séduction de son action inconsciente ? Si oui comment ?


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