Prendre soin des autres

Les Extravagants et les Sordides

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L’excentricité quelques fois ne se remarque que par le port de vêtements un peu criants, histoire de se montrer, de se mettre en valeur . Elle peut avoir des formes très diverses, mais il en est une qui ne se développe qu’à une époque tardive de l’existence et qui constitue alors non pas un simple travers de l’esprit mais véritablement une maladie mentale acquise .

Des commotions, des chocs psychologiques, une faiblesse dechoclatete.jpg tempérament sont quelques fois des terrains prédisposants . On observe ainsi que l’individu est devenu comme différent de lui-même, son état mental s’étant transformé . On peut parler d’une sorte de manie atténuée dans laquelle dominent des idées désordonnées, une certaine virtuosité dans l’invention d’excentricités tout à fait inédites, des extravagances pures, une manière de vivre sordide et bizarre à la fois, une abscence de tout sentiment des convenances avec une tendance marquée à l’immoralité . Et le fonctionnement intellectuel, tout en restant intact, montre quand même un certain amoindrissement des facultés morales et affectives .

On se rappelle le cas de ce Monsieur Diogène de Paris qui en 1867 dépliait 50 serviettes pour se faire raser la barbe, qui se rafraichissait l’été en mettant de la glace dans ses bottes, qui faisait mettre un couvert pour son chien au restaurant, qui se servait de son parapluie uniquement par beau temps et le donnait à son domestique quand il pleuvait .

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Mais voici le cas de M. du Puy, de 1870, beaucoup plus irrésistible :

Sous intendant militaire en retraite, il a élu domicile dans une vieille église et y mène une vie des plus excentriques . Il circule très souvent dans la rue en chemise, sans caleçon ni bas, et s’expose coram populo à la satisfaction de ses besoins naturels .

Il vit dans une pièce qui lui sert à la fois de chambre, de cuisine et de salle à manger . Il y a là un lit malpropre et misérable, deux fauteuils dépiécés, un poêle en tôle rouillée et puis partout sur le sol et accrochés sur les murs, des lambeaux de vêtements, de livres , de revues diverses, etc …

M. du Puy porte une vieille houppe-land sur laquelle il accroche fièrement sa rosette d’officier de la légion d’honneur .rosette.jpg

Il porte un pantalon jauni par l’usure et la saleté, un gilet de flanelle en loques . Et c’est dans cet accoutrement qu’il navigue dans les quartiers de la ville . Il vit seul depuis longtemps, avec un domestique, ancien forçat parait-il, qui aurait trouvé refuge auprès de lui .

prostitues.jpgIl ne dépense que peu pour sa nourriture et aussi pour les « petites filles « , dit-il, qui ne coûtent pas cher ici et dont il ne se prive pas .

Quant au reste de son argent, il ne sait pas ce qu’il devient . Il soupçonne son domestique de le voler mais ne s’en préoccupe pas disant de lui que c’est un farceur-né .

Parfois sa conversation est brillante et annonce l’instruction, parfois elle est mauvaise et va même jusqu’au cynisme et aux grossièretés .

Il ne présente pas vraiment de danger pour la société si ce n’est qu’il adore se montrerscrotumcunu.jpg sur son balcon sans caleçon ni pantalon, les cuisses et les parties sexuelles à découvert . Et puis il vit au milieu des immondices et par suite de son incurie, ses voisins craignent qu’il en arrive à mettre le feu . On décide donc de le placer à Charenton . Il proteste énergiquement contre cette privation de liberté .

Les experts l’écoutent alors attentivement : Il raconte que dans son église, il a prévu d’ouvrir un restaurant . C’est pourquoi il a cloué des planches en plan incliné sur les marches d’escalier pour permettre l’accès aux vélocipèdes . Il indique aux médecins l’adresse d’une maison publique où les femmes sont très charmanteset très satisfaisantes .

Il pense qu’il va se faire élire député ou même président pour inventer de nouvelles allumettes chimiques, bonnet.jpgpour donner des leçons d’équitation, fonder un journal satyrique, monter une teinturerie de bonnets persans, fabriquer des vélocipèdes marchant au gaz, changer de sexe et de religion, etc …

Les médecins en concluent donc à l’aliénation et justifient alors la mesure d’internement .

20 octobre, 2007 à 9:02


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