Prendre soin des autres

la Psychiatrie se « Rattache »

Il y a un certain regain d’intérêt ces derniers temps en milieu psychiatrique pour des méthodes de traitement assez coercitives et qui n’ont malheureusement pas vraiment un sens thérapeutique . Ce retour en arrière, ce renouveau des attaches et de l’enfermement trahit un délitement progressif, un appauvrissement de la relation soignant-soigné .

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Existe-t-il des lieux où l’on n’utilise pas les attaches ? Des services sans chambres d’isolement ? Est-il possible d’imaginer le soin sans ces moyens-là ?

On a connu une époque où la contention et l’isolement n’étaient pas de rigueur ! Mais parler des expériences du passé a tendance à devenir vite lassant …

 

 

La psychiatrie est passée de la contention froide et inhumaine ( camisole, chaînes, cages) à une contention par le médicament certes, mais aussi par la parole, par la notion d’équipe et d’institution soignante . C’est par le soin et l’empathie que l’on est parvenu à faire sortir la folie de son isolement pour oser la rencontrer et tenter de la comprendre .

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Recourir à l’enfermement , c’est dire : « il n’y a pas d’autres solutions » . Et alors on renvoie le malade à sa solitude et la folie à son incompréhension . La parole se tait . L’analyse clinique et la psychopathologie sont oubliées .

Mais parfois me direz-vous , ce sont les patients eux-mêmes qui réclament les attaches ! Oui l’enfermement , dans certaines conditions peut calmer , apaiser, rassembler, reconstruire . C’est parfois thérapeutique, mais jamais seul . Autour il y a une prise en charge, un soin, un accompagnement .

Cela reste malgré tout toujours très compliqué d’attacher ou d’enfermer . Ce sont des méthodes carcérales et punitives qui ne peuvent inspirer que la peur .

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Mais on a maintenant trouvé la solution, en médicalisant l’enfermement et les attaches . Il s’agit d’un geste technique qui se prescrit et qui obéit à un protocole . Et ceux qui prescrivent, en général, n’attachent pas et ceux qui attachent se contentent d’obéir . Tout le problème moral s’évacue ainsi !Et l’infirmier est du coup déresponsabilisé et déculpabilisé : ce n’est pas lui qui attache ou enferme, c’est la prescription, le protocole. C’est un geste deshumanisé qui prive le patient de la parole et fait de lui un objet .

Ces dernières années, la psychiatrie s’est beaucoup rapprochée de la médecine scientifique, souvent même géographiquement . Mais ce rapprochement a fermé beaucoup plus de portes qu’il n’en a ouvert . On nous impose maintenant une « médecine du mental » basée sur des preuves, des statistiques, une pure technique .

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Les actes sont codifiés . Le moyen d’action n’est plus la relation de soin, mais l’obéissance aveugle à des « protocoles de soins » qui signent une nette collusion entre ces » moyens scientifiques » et la judiciarisation . On se croit dans la science, dans cette science qui d’autorité n’accepte plus de problèmes de conscience, de doute, de remise en cause . Toutes les problématiques sont remplacées par des chiffres, des preuves statistiques, des énumérations .

Les neurosciences nous donnent une nouvelle vision de l’humain : c’est une pure mécanique cérébrale et les relations humaines, l’intersubjectivité ne font évidemment pas partie de l’objet scientifique . Il y a la cellule, les neurones, les médiateurs chimiques et pour mettre de l’ordre dans tout cela, les protocoles de soins ! Ils sont à la fois la raison scientifique et le cadre qui font des attaches et de l’enfermement des actes cliniques et thérapeutiques .

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Alors la parole du malade s’éteint, comme ses délires et ses hallucinations . On les combat, on les supprime . L’infirmier qui obéit aveuglément a bonne conscience, même si inévitablement sa liberté d’action est entravée, ainsi que ses capacités à imaginer . A la longue, ses motivations professionnelles s’amenuisent . Il agit en se rangeant derrière la prescription qui occupe toute la place entre lui et le malade . Pour les deux, soignant et soigné, le langage, l’essentiel de la pensée, est vidé de son contenu . La folie retourne à son silence et à son incompréhension .

 

Si ce sujet vous intéresse vous pouvez vous rendre sur un autre site qui traite de l’histoire de la folie : http://sineurbe.blogspot.com/

18 juin, 2008 à 8:05


4 Commentaires pour “la Psychiatrie se « Rattache »”


  1. bouillot écrit:

    bonjour, ami de l’ombre, voila qui ne me rassure pas. Infirmière (soins généraux) je ne me sens plus à ma place dans ce travail et j’espérais éventuellement migrer vers la « psy » pour satisfaire mon « impulsion intérieure » à soigner. Hélas partout je retrouve cette « scientificité » qui tue le coté humain de notre boulot, même si je veux m’orienter en psycho c’est encore la même chose, primauté du « scientifique », du biologique, le peu d’ouverture en France à ce qui n’est pas mesurable, rentrant dans des catégories, des facs freudiennes qui refusent d’intégrer autre chose. Un fonctionnement médical en protocoles et qui évacue le psychique parce qu’on est en médecine somatique. Bizarre, moi je n’ai jamais eu l’impression d’être d’un coté un corps et de l’autre un « être psychique ». Quand pourrons nous soigner(« humainement ») ?

  2. ver00 écrit:

    C’est vrai, il n’y plus que le scientifique qui compte;le flux de dopamine.Mais, le bon côté, c’est que ce manque d’équilibre entre l’esprit et le matériel, va écoeurer les justes, et ils se révolteront, pour revendiquer le respect de l’âme.Alors, l’équilibre se fera, et l’humanité gagnera.

  3. Wolfgang écrit:

    Personnellement, le tout-psychologique tout comme le tout-biologique (deux approches assez fréquentes en fait) sont des excès.
    Le tout-biologique peut devenir dangereux si on s’imagine que les erreurs que fait un individu dans sa vie ne peuvent être dus qu’à des dysfonctionnements cérébraux, avec toutes les dérives que celà pourrait avoir.
    Le tout-psychologique peut devenir dangereux si on en vient à oublier que les troubles mentaux sont avant tout des maladies et des handicaps, et si on représente la « folie » comme une sorte de vice ou d’impureté de l’âme, ce qui n’est pas le cas. Et ça peut devenir un moyen de dicter aux gens leur orientation idéologique, et de les culpabiliser en même temps, en leur faisant croire que leurs troubles sont dus à un refus de s’intégrer dans la société et qu’ils ne seront guéris que lorsqu’ils auront admis que la vie est un combat pour l’argent, par exemple.
    Il faut admettre que quand quelqu’un est malade, ce n’est pas de sa faute, que ce sont avant tout des handicaps, des faiblesses auquel il ne peut rien (ce que la science et la biologie ont démontré, à propos des enfants autiste par exemple). Mais il faut aussi admettre qu’on peut aider ce même malade à s’en sortir, en conservant le dialogue avec lui et en restant humain. C’est l’équilibre qui est interressant.
    Ne voir que l’approche biologique, ou ne voir que l’approche psychologique, ce serait nier la réalité de toute façon.

  4. Wolfgang écrit:

    Et ce serait s’enfermer, non pas dans une forme de « folie » (parce que je ne pense pas – contrairement à ce pensent les psychanalystes – que les maladies mentales soient dues à un refus de la réalité), mais d’extrémisme, qui ne verrait qu’une partie de la réalité pour appuyer ses thèses.


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